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J’ai vécu trois années dans le petit village de Wintzfelden, au pied du Petit Ballon. Demeurent aujourd’hui d’heureux souvenirs et de réelles amitiés.
En situant la première partie de mon récit dans ce cadre naturel privilégié, j’ai voulu honorer cette vallée et ceux qui y habitent.
C’est cependant ma seule imagination d’auteur qui a fait naître et vivre les personnages principaux de ce roman.
Elisabeth Jaeger-Wolff
Juin 2003 |
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Extrait 1 :
Odile observait son oncle, spectacle comique et repoussant à la fois. Toujours à l’affût de nouvelles sensations, elle y trouvait une certaine délectation.
Le dos rond et les coudes écartés, son menton fort et proéminent touchait presque le bord de l’assiette. Le va-et-vient rapide de la cuillère portant le potage à la bouche témoignait de son bon appétit. Il faisait grincer ses dents en mâchant les morceaux de pain et les bouts de gras qui flottaient sur le liquide chaud ; il aspirait chaque cuillerée, avalait bruyamment et claquait ensuite de la langue. Quand il se redressait pour vider son verre de piquette d’une seule traite, il penchait la tête en arrière et Odile observait la pomme d’Adam rouler sous la peau rouge du cou décharné.
Elle guettait l’instant où la bouche était grande ouverte ; elle essayait de compter les quelques mauvaises dents qu’il gardait encore entre deux béances où s’accumulaient des reliquats de nourriture. Semblable à un serpent, une langue rouge et pointue pourléchait à intervalles réguliers les lèvres minces. Et si un peu se soupe ou de vin s’égarait sur le menton, celui-ci était nettoyé d’un revers de manche !
Louis s’était déjà resservi trois fois, vidant sans vergogne le fond de la marmite. Il avait mangé du pain largement tartiné de beurre sur lequel il avait rajouté du sel. Odile savait que c’était le dernier morceau dans la maison. Et le sel était très cher…
Extrait 2 :
Le bruit d’une clé qui tournait dans la serrure la réveilla en sursaut. Quelqu’un venait ! Elle se rassit en boule, petite chose terrifiée et fixa la porte. Une lanterne éclairait le palier et la haute silhouette d’un homme aux cheveux bouclés. Elle étouffa un cri en reconnaissant Milo. Elle ne savait si elle devait être rassurée ou épouvantée de sa présence. Le Tzigane marchait d’un pas incertain et déposa les bûches destinées à alimenter le feu mourant. Il s’arrêta au bord du lit, levant haut sa lanterne pour éclairer Marie. Sa voix semblait empâtée :
- Réveillée ? Tant pis… ou alors tant mieux, c’est selon…
Sa démarche, sa voix, son haleine… il était ivre ! Il s’assit lourdement sur le lit et entreprit de défaire ses bottes, tournant le dos à Marie. Elle se leva d’un bond et se plaqua contre le mur opposé tout en lorgnant du côté de la porte que Milo avait négligé de refermer à clé. Comme s’il avait deviné ses pensées, sans même se retourner, il articula :
- N’essaie pas de t’enfuir. Même si tu parvenais à quitter cette pièce, tu te perdrais. La maison est vaste.
- C’est toi qui m’as enlevée ! Pourquoi ?
- Pour donner une leçon à ce batelier qui te tourne autour.
- Blaise est un ami ! Il ne veut que mon bien !
Un éclat de rire bref et sans joie lui répondit. Cette fois il se retourna, un éclair inquiétant dans les yeux.
- Qu’en sais-tu ? Que connais-tu des hommes en général et de celui là en particulier ? T’a-t-il jamais parlé de lui, de son passé ?
Un long silence, puis une petite voix répondit :
- Non. Mais je lui fais confiance.
Milo hocha pensivement la tête et contempla Marie en silence ; depuis toute petite, elle avait toujours éveillé en lui un curieux sentiment, sans doute à cause de sa ressemblance physique avec Madeleine, sa mère. Lui-même ressemblait à son père… le passé allait-il enfin les rattraper ?
Extrait 3 :
- Jean ? questionna l’Américain doucement. Peut-être désirez-vous parler à quelqu’un et déposer enfin ce fardeau que je devine tellement pesant ?
L’invitation était sincère et fruit d’une réelle affection. Comment y résister ? Ce que Jean s’était promis de ne jamais dévoiler à quiconque, il le raconta ce soir-là à M. Brent. Il parla d’une voix entrecoupée par l’émotion et la honte, mais bien décidé à vider la coupe d’amertume et de souffrance qu’il avait trop longtemps gardée pour lui. Le temps n’effaçait pas le passé ni ne résolvait les situations, il s’en rendait bien compte. Prisonnier lui-même de son vécu, existait-il quelque part une issue, arriverait-il un jour à décliner l’existence autrement que par du noir, du froid et de la mort ? Il avait désespérément besoin de lumière, de couleurs, de chaleur. De vie, tout simplement !
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"Etrangers et Voyageurs" est le tome 2
L’Alsace dans les années 1820 a retrouvé une certaine stabilité. Marie connaît une enfance heureuse dans un petit village blotti au pied des Vosges. Son père cependant, colporteur de son état et bûcheron par nécessité, n’arrive plus à pourvoir aux besoins de la famille. Les années passent, les ombres du passé ressurgissent, les personnalités s’affirment et se déchirent.
Il faudra à Marie et aux siens passer par bien des épreuves et quitter leur petite vallée pour découvrir Strasbourg, les flots tumultueux du Rhin qui emmènent le radeau des émigrants et finalement l’Amérique, terre de tous les recommencements.
L’auteur nous livre ici une belle épopée romanesque qui retrace la réalité historique vécue par des familles alsaciennes au début du XIXe siècle.
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