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Le moteur de l’écriture est la motivation de celui qui écrit. Quelle a été la mienne durant trois années, voilà une question légitime que le lecteur est en droit de se poser.
Besoin d’identité, de découverte d’un héritage familial, ou tout simplement soif de découvrir des personnalités riches et diverses trop peu connues et qui sont encore une partie de moi-même au-delà de l’espace et du temps.
A présent, le temps est venu d’asseoir mon histoire personnelle sur des éléments concrets et non pas sur des « fantômes » furtivement évoqués par d’autres générations.
C’est ainsi que je suis allée de découverte et découverte. J’ai mieux compris certains silences, et j’ai deviné les souffrances enfouies dans les cœurs. Mais surtout, j’ai appris à connaître et à aimer mes grands-parents paternels, tout en restituant leur cadre de vie à des personnages d’une autre époque qui sont devenus acteurs de ce livre.
Et si la lecture de ce livre peut apporter à tous ceux de ma génération un éclairage et une compréhension renouvelés sur l’histoire proche de nos parents et grands-parents, je m’en trouverais pleinement récompensée.
Elisabeth Jaeger-Wolff
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Armoiries de
la famille Jaeger
Troisième Edition Juin 2009
" Diffusion EJW"
Extrait 1 :
Pour les petits citadins, affamés d'espace et de grand air, le Moulin dans son écrin de verdure représentait un véritable paradis !
Les étés étaient chauds et la tenue idéale était le maillot de bain une pièce, sauf les jeudis et les dimanches, jours de sortie. Les activités et les jeux évoluèrent chaque année avec l'âge des enfants mais du matin au soir, la petite troupe, parfois augmentée de Malou et Marthe Klein, imposait à toute la maisonnée un rythme effréné !
Sans que jamais les enfants ne se rendent compte de l'exigence que représentait leur présence pour leur tante Elzeth , qu'ils voyaient affairée dans son potager, au poulailler et à la cuisine, ou alors s'apprêter dans sa chambre pour une sortie avec l'incontournable chapeau qui complétait sa toilette.
Elle courait littéralement toute la journée, mais gardait son sang-froid et sa bonne humeur et trouvait même le temps d'encourager telle ou telle heureuse initiative des enfants.
Le meunier, lui, était relativement épargné.
Calme et silencieux, il subissait philosophiquement le brouhaha ambiant.
Et si, l'une ou l'autre fois, une bêtise plus énorme que d'habitude l'obligeait à élever la voix ou à infliger une correction aux garçons, les enfants continuaient à apprécier leur oncle un peu taciturne qui sentait toujours si bon la farine !
Alors… eh bien ! Il y avait les ballades le long de la rivière jusqu'à l'écluse, à travers les roseaux, d'où l'on observait les cigognes dans les prés riches en grenouilles et en flaques de têtards.
Il y avait les incursions interdites au Moulin où les enfants plongeaient leurs bras chauds de soleil dans les sacs de farine, tellement douce et soyeuse qu'elle faisait penser à de la crème fouettée.
Et le toboggan, source de toutes les convoitises mais gardé jalousement par les ouvriers du Moulin à qui oncle Gustave avait donné des instructions très précises !
Et tout le mystère des presses mécaniques et hydrauliques, des grands silos, des courroies qui tournaient sans fin, du monte-charge actionné par son embrayage.
Le tout sur fond sonore du ronronnement régulier et rassurant de la turbine.
Extrait 2 :
Gustave posa la question qui le tourmentait depuis plusieurs mois déjà :
« Tu n’es pas sans savoir que Hitler n’a pas hésité à violer le traité de Versailles en réintroduisant le service militaire obligatoire. Il a même remilitarisé la Rhénanie sans prêter aucune attention aux quelques protestations timides qui se sont élevées ici et là. Penses-tu que la ligne Maginot soit réellement dissuasive ? Les militaires s’accordent à dire que c’est un complexe infranchissable… Tout de même, la France et ses alliés représentent un contrepoids non négligeable face au troisième Reich de Hitler. »
Gustave en venait presque à supplier Charlot de le rassurer… Il sentait monter en lui une peur sournoise, glaciale, qu’il essayait d’étouffer par des arguments convaincants.
Et pourtant, tellement de signaux s’étaient mis à clignoter de façon inquiétante.
Il regardait Charlot assis en face de lui et cherchait à lire dans ses pensées.
Mais lorsque son cousin se pencha en avant, entrant ainsi dans le halo lumineux de la lampe posée sur la table, ce que Gustave lut dans son regard acheva de l’anéantir.
Charlot non plus ne se faisait pas beaucoup d’illusions sur l’évolution de la situation en Europe, ni sur la capacité de la France à rester en dehors d’un éventuel conflit militaire.
Gustave se laissa aller en arrière, ses épaules s’affaissèrent et il soupira d’une voix éteinte :
« N’en parle pas à Elzeth ni aux enfants. Ils ne se rendent pas compte de la gravité de la situation. »
Extrait 3 : Il ne parlerait pas davantage de la machine-à-vivre qui, petit à petit, avait gommé toute sa personnalité. Pendant des mois, il n'avait été qu'une volonté tendue vers un seul but : survivre.
Et bien des belles théories s'étaient envolées en fumée face à cette terrible réalité.
Les sentiments d'angoisse, de solitude, de révolte lorsqu'il se retrouvait seul survivant parmi des cadavres déchiquetés avaient peu à peu fait place à l'indifférence. D'acteur, on ne pouvait pas passer au rang de spectateur. La guerre n'en laissait pas le temps. Certains étaient blessés, d'autres morts. Lui, il était vivant. Il s'en était sorti, pour cette fois encore. Jusqu'à quand ?
Et la machine-à-vivre reprenait de plus belle. Elle seule l'avait soutenu à travers les affres du camp de prisonniers, lui avait permis de survivre à la précarité du long voyage en train à travers l'Europe centrale jusqu'à son lit d'hôpital aux draps blancs. C'est là que la machine-à-vivre avait cessé de l'alimenter, que son identité de soldat avait disparu. Pour laisser la place à… un vide béant. Où était le Gustave d'avant ? Il faudrait l'appeler, le chercher, le reconstruire.

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Au fil de l’eau, au fil des saisons, au gré des pensées, des projets et des rêves, au long de la vie quotidienne, au cours d’un demi-siècle décisif, nous vivons avec une famille alsacienne attachante dans un cadre minutieusement décrit.
Sous nos yeux l’histoire du Moulin de Griesbach et de ses propriétaires les Jaeger coule dans un style fluide, simple et clair.
Avec tendresse et humour, avec une émotion et une dignité retenues, l’auteur nous permet de remettre en place des notions parfois éparses, parfois englouties dans notre mémoire.
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